Alix Séry : le dialogue social au cœur

Publié le 14/10/2020

Président du Comité d’orientation de l’Aract Réunion depuis 2019, Alix Séry est un expert reconnu dans le dialogue social

Faire le portrait du président du Comité d’orientation (CO) de l’Aract Réunion n’est pas chose aisée. Par où commencer ? A 79 ans, le natif de La Rivière-Saint-Louis a connu et connait tant d’activités passionnantes, au cœur de la vie économique et sociale, qu’il est délicat de trouver la clé d’entrée dans ce parcours. Le père d’Alix Séry, instituteur, disparut en 1947. Il laissa une épouse seule et sans travail avec ses huit enfants. Elle parvint après quelques galères à devenir institutrice et s’installa à Champ Borne, puis à Saint-Denis. L’adolescent fréquenta le lycée Leconte-de-Lisle. Un baccalauréat en poche, le futur passionné de Harley-Davidson s’envola pour un voyage de 36 heures et quatre escales, direction la métropole. Il n’allait pas rentrer de dix ans dans l’île Bourbon.

Entretemps, il en ferait des choses… Entré comme homme du rang dans la « colo », en 1961, puis chez les chasseurs alpins – « une belle école » - qu’il choisira à nouveau à la sortie des écoles d’officiers, il quitterait l’armée quatorze années plus tard avec le grade de capitaine et en poche le brevet de parachutistes, le Brevet qualification troupes de Montagne, et une distinction qui fait toujours envie à plus d’un chasseur alpin : l’étoile bleue d’éclaireur skieur d’élite attribuée à titre exceptionnelle. Pas mal pour un petit Créole ! Il a même été gratifié du grade de chef de bataillon honoraire (commandant).

Son changement d’orientation, par choix, le conduisit dans un autre domaine d’action et de ressources humaines : l’inspection du travail. Il se fit respecter comme « un médiateur », un terme qu’il apprécie. Il se vante d’avoir toujours réussi à signer un accord. « La médiation, c’est mon ADN ». Son goût de l’écoute et du dialogue fut un atout, qui lui a permis d’intervenir en métropole et bien entendu à La Réunion, mais aussi dans d’autres régions, comme en Guyane ou à Tahiti. Négocier, chez lui, c’est une passion, il put y passer des nuits blanches : « Tant que ce n’était pas fini, on y restait ». Pour le ministère du Travail, mais aussi pour l’aviation civile (conseiller social du directeur général) il sera en poste à Rennes, Toulouse, Paris, en Bourgogne-Franche-Comté (directeur régional transports) et à La Réunion. Il dirigera la Direction du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle de La Réunion de 1997 à sa retraite de la fonction publique d’Etat en 2004. Auparavant, il aura négocié accords de branches et conventions collectives nationales, dans le domaine des transports aériens et mené dans ce même secteur des missions nationales en accompagnement de la ministre, à l’Assemblée Nationale, en défense de textes, au Conseil d’Etat, ou encore à Bruxelles.

Vint ensuite une troisième carrière professionnelle : Consultant en dialogue social et prévention de conflits jusqu’en 2019. Sa méthode, héritée de sa longue expérience, était simple (en apparence) : d’abord un diagnostic de la situation dans l’entreprise, en recueillant les propositions (et parfois les pleurs) des acteurs ; puis un plan d’action fondé sur les propositions des salariés à faire valider par le chef d’entreprise qui doit accepter d’entendre les griefs de ses salariés et admettre qu'il « n’a pas toujours raison ». Ce qui importe, c’est la confiance, la transparence et l’échange. Enfin la phase de pilotage. « Le patron décide, mais, avant, il faut échanger, dialoguer avec les salariés et les syndicats. » Son viatique de citations est lesté de ces deux sentences : « L’idéal est à l’homme ce que l’étoile est au marin. Il nous montre le chemin, mais on ne l’atteint jamais » (Docteur Schweitzer), puis : « Je trouve ma satisfaction dans le regard de mes hommes » (Général de Lattre-de-Tassigny) et donc de ceux pour qui il travaille (employeurs et salariés) et il en a eu… et après 59 ans d’activité professionnelle aimerait en avoir encore… toujours au service de l’intérêt général.

Marié, père de deux enfants, grand-père de deux petits-enfants, ce chevalier de la Légion d’honneur, depuis 2004, et dans l’ordre national du Mérite, depuis 1997, a sans difficultés accepté de devenir président du CO de l’Aract Réunion, en 2019. Et ce malgré un emploi du temps bien rempli, car il est également président de la Société des membres de la Légion d’honneur de La Réunion et administrateur du lycée Levavasseur, après en avoir été président de 2006 à 2015. « J’aimerais reprendre ma moto et me balader dans le monde. Et traverser l’Atlantique à la voile ». Pas sûr que sa femme soit d’accord, vu toutes les blessures encaissées au fil d’une vie fort engagée, que ce soit à l’armée ou dans ses loisirs (il apprécie également le parapente).

A l’Aract Réunion, Alix Séry est particulièrement satisfait d’œuvrer pour la lutte contre l’illettrisme, un cheval de bataille des prochains Cris (comité pour la recherche et l’innovation sociale). Il faut que l’Aract développe toujours plus le dialogue social dans les entreprises. Son expérience à ce sujet sera précieuse. L’économie péi a certes des faiblesses (liées à sa dimension géographique et à son éloignement de la métropole), mais elle doit rayonner dans sa région, que ce soit en termes de compétences, de nouvelles technologies ou d’agriculture. Il ne tient qu’à ses acteurs de l’améliorer, en faisant rimer qualité de vie au travail et performance, sur un air que connait bien Alix Séry : « On produit plus et mieux quand on est bien au travail ».

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